Le Gabian Déchaîné - PI n°12

Mis à jour : 2 juil. 2019


Chère tante Mado,

Voici en quelques mots les maux du village à connaître avant de nous rendre visite. Redoutant une expulsion manu militari dès la fin de la trêve d’hiver, notre rorqual qui squattait indûment la plage de la Courtade est parti à l’insu de son plein gré. Les adieux furent odorants et coûteux. Quand tu reviendras sur l’île, tu iras dans la villa du commandant si tu veux voir le toubib, à la poste si tu veux déposer une plainte et à la mairie si tu désires envoyer un recommandé où retirer des sous. A ce titre, prends tes précautions car tu n’auras pas plus de 350 euros par semaine et vu qu’il n’y a plus guère d’oseille sous les matelas en ces temps de disette… Autre chose, le village est un gruyère en ce moment avec des tuyaux partout. Certains pensent que c’est pour le sealine, mais les plus avisés se demandent, en ce début d’ouverture de la saison, si ce n’est pas une nouvelle attraction pour les touristes. Nous avons eu la fête de la soupe, sans la grimace. Tu as raté un événement ! Au théâtre, sous le Pin de Charles, il a manqué des chaises pour le public qui n’a point pandiculé devant nos acteurs hardis. Cela en a même émoustillé quelques-uns… Un dauphin, qui a fait la brasse coulée dans le port, a été sauvé in extremis par des gens de bonne volonté. L’uniforme sera bientôt de rigueur du côté des terrasses de cafés et des mouvements de chaises musicales à venir devraient mettre un peu de piment sur la place. Il a été demandé aux joueurs de pétanque de viser juste, aux mères de famille d’acheter des casques, devant l’éventualité d’un déménagement de l’aire de jeux des enfants, plus haut sur la place... Les bonnes âmes, qui défendent nos droits auprès des instances z’officielles, s’inquiètent pour leur fond de culottes, au vu du nombre de réunions ou rien ne se décide… ainsi la réflexion sur la capacité de charge avance tandis que les touristes arrivent de plus en plus tôt et sont de plus en plus nombreux. Il paraît qu’internet va tout régler.

Dimanche les gnons ont remplacé les œufs de Pâques. Les esprits se sont échauffés en même temps que le barbecue grésillait sur la place du village. La fête battait son plein quand ont débarqué les pompiers et la police municipale au nom de la sécurité. Il faut dire qu’un fort vent soufflait. L’incompréhension des autochtones habitués à ce genre de manifestations a engendré de larges querelles picrocholines avec l’administration locale comme le village en a le secret. Comme tu peux le voir, tout va pour le mieux et nous t’attendons avec impatience. Ta nièce Raviquiridetout PS : Si d’aventure avec tes genoux douloureux, tu t’aventures au Musée et que tu vois des choses que ta pudeur réprouve, sache qu’il a manqué de feuilles de vigne pour les cacher.